{"id":995,"date":"2020-07-11T20:10:16","date_gmt":"2020-07-11T18:10:16","guid":{"rendered":"http:\/\/damienreynaud.fr\/?page_id=995"},"modified":"2023-03-28T15:40:03","modified_gmt":"2023-03-28T13:40:03","slug":"deplacer-lexposition","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/damienreynaud.fr\/?page_id=995","title":{"rendered":"d\u00e9placer l&rsquo;exposition"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on s\u2019est tous fabriqu\u00e9 inconsciemment des expositions imaginaires. Du jour au lendemain. Pour soi d\u2019abord, pour en voir d\u2019autres, en revoir, et aussi, pour augmenter la r\u00e9alit\u00e9 perdue de vue. Puis tout s\u2019est reli\u00e9 bout-\u00e0-bout par des portes d\u00e9rob\u00e9es et des fils rouges. Depuis d\u00e9j\u00e0 tant de jours maintenant, on ne peut plus voir les choses ext\u00e9rieures pareilles, ni les \u00e9v\u00e8nements en situation r\u00e9elle. Les messages annoncent un risque de prolif\u00e9ration incontr\u00f4lable des signes expos\u00e9s, ce qui tendrait \u00e0 les rendre ind\u00e9chiffrables. Cette crise du sens couvait depuis un certain temps d\u00e9j\u00e0. Au d\u00e9but, demeur\u00e9 en vase clos, on n\u2019a presque rien chang\u00e9 \u00e0 nos solitudes exigeantes, ni \u00e0 nos peurs permanentes. Les expositions n\u2019ont jamais pu sauver tout le monde. Chacun en a pourtant profit\u00e9, afin de retrouver les choses qui se perdent habituellement dans les vitesses perp\u00e9tuelles du quotidien. Tr\u00e8s vite on a tent\u00e9 d\u2019\u00e9chapper aux mesures instaur\u00e9es pour se donner des illusions de libert\u00e9. L\u2019urgence mentale a recompos\u00e9 des liens t\u00e9l\u00e9pathiques entre les rues et les vues, par des galeries de fortune, entre les gares, les places et les th\u00e9\u00e2tres fant\u00f4mes, avec plein d\u2019\u0153uvres \u00e0 l\u2019horizon. Tout passe par des lignes et des points en r\u00e9seau, des interfaces d\u2019immersions et des partages sensibles invisibles, pour dessiner un point de rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"495\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/17-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1272\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/17-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/17-SITE-150x106.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/17-SITE-300x212.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Les gens ont toujours eu besoin de se retrouver \u00e9merveill\u00e9s ensemble quelque part. Chacun se bricole des passages dans sa t\u00eate, avec des bouts de ficelle, et r\u00e9organise les pleins et les vides des plateformes. Pour se toucher, les esprits vagabondent \u00e0 travers des excroissances de peaux, tendues comme des images, cultiv\u00e9es selon des protocoles biotechnologiques et esth\u00e9tiques. D\u00e9passer les interdits pousse chaque jour le corps \u00e0 cr\u00e9er et \u00e0 tisser de nouvelles formes, fluides, imaginaires, \u00e9vasives, pour ouvrir les yeux comme des portes entre les choses, pour traverser les murs. C\u2019est ce qui manque, ce partage des extensions de rire et de plaisir. C\u2019est ce qui pousse \u00e0 s\u2019exposer en des lieux autres. Par un effet de mise en r\u00e9sidence permanente dans le r\u00e9el, chaque \u00eatre se prolonge ailleurs. Les corps et les organes se d\u00e9forment pour se joindre par d\u2019autres transports cr\u00e9atifs, plus ou moins mat\u00e9riels. L\u2019espace r\u00e9el se d\u00e9place \u00e0 travers les \u00eatres int\u00e9rieurs. Avec toutes les formes de d\u00e9territorialisations possibles, une nouvelle \u00e9conomie a aussi tent\u00e9 d\u2019\u00e9merger, pour continuer autrement. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que l\u2019exposition tente d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la crise syst\u00e9mique. On a donc pu d\u00e9couvrir la valeur des choses qui n\u2019ont pas de prix, et arr\u00eater la croissance mon\u00e9taire des fictions de l\u2019argent et de l\u2019art. Les langues aussi se d\u00e9mat\u00e9rialisent et prennent des formes hybrides. \u00c7a ne voulait d\u00e9j\u00e0 plus rien dire de toute fa\u00e7on. Les vues s\u2019\u00e9tirent. Les r\u00e9alit\u00e9s existent autrement. Toutes ces projections r\u00e9veillent de nouveaux lieux possibles&nbsp;: des plateaux exploreurs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"403\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/1-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1273\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/1-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/1-SITE-150x86.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/1-SITE-300x173.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Du plateau, on en parle comme d\u2019un autre monde. Il s\u2019agit d\u2019un lieu o\u00f9 l\u2019art, les expositions et plus globalement toute la culture, ne sont pas soumises aux injonctions \u00e9conomiques. \u00c7a existe d\u00e9j\u00e0 en arri\u00e8re-plan dans nos r\u00eaves. C\u2019est bien d\u2019un lieu o\u00f9 le monde de l\u2019art est affranchi de ses tutelles marchandes et de ses relations de pouvoir. Un lieu de justesse pour l\u2019art, les sens et le go\u00fbt. Pouvoir regarder les choses pour ce qu\u2019elles sont, et non par les filtres de la communication, du march\u00e9 et des institutions, qui codent les valeurs et les rep\u00e8res normalis\u00e9s. Les objets n\u2019ont tout simplement pas de valeur, ne disent rien, ne servent \u00e0 rien et ne sont pas identifi\u00e9s. C\u2019est une exposition en plusieurs espaces et diff\u00e9rents temps, mais on ne sait pas exactement combien il y en a. Ni o\u00f9, ni quand exactement. Des passages peuvent se pr\u00e9senter dans divers sens inversables, sans rompre le fil conducteur d\u2019un chemin et d\u2019une exp\u00e9rience. On est en bonne voie. L\u2019exposition se rapproche de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien ne signale cet endroit, juste une s\u00e9quence de chiffres et de lettres, affich\u00e9e en mouvement dans les r\u00e9glages d\u2019une fen\u00eatre photographique digitale. \u00c7a donne sur les rues et les paysages. Les diff\u00e9rents curseurs \u00e0 disposition permettent d\u2019affiner les mesures d\u2019exposition, l\u2019apparition des lumi\u00e8res, le r\u00e9glage des niveaux de contraste, l\u2019interaction des bandes son et autres balances des couleurs. On peut m\u00eame dissocier les calques de d\u00e9pendance \u00e9conomique et esth\u00e9tique de nos filtres subjectifs. On attend quelque chose de l\u2019int\u00e9rieur. Ainsi, \u00e0 d\u00e9couvrir ce qui pourraient agiter nos sens et nous sortir de l\u2019ombre, on peut s\u2019affranchir des aides \u00e0 la cr\u00e9ation et des r\u00e9sidences. De fait on arrive ici par hasard. Sans rien avoir demand\u00e9. \u00c0 la lumi\u00e8re d\u2019un bandeau, au gr\u00e9 des clics ou par bouche \u00e0 oreille, jusqu\u2019au quai. On peut partir de n\u2019importe o\u00f9, comme habiter partout, car il s\u2019agit d\u2019un tout autre lieu d\u2019exposition. On peut passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9, mais si on tombe dessus, on passe de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Heureusement c\u2019est arriv\u00e9. La d\u00e9couverte du cadre est impr\u00e9visible, peupl\u00e9 d\u2019une vie active.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"467\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/MONTAGE-2-3-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1274\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/MONTAGE-2-3-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/MONTAGE-2-3-SITE-150x100.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/MONTAGE-2-3-SITE-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>On entre par une large ouverture b\u00e9ante et irr\u00e9versible, menant \u00e0 une grande salle, dont on ne distingue pas les bords. On est un peu renvers\u00e9, comme un arbre poussant \u00e0 l\u2019envers dans une grotte. Pas de limite donc, ni d\u2019autre issue \u00e0 premi\u00e8re vue. D\u2019ailleurs, on ne voit presque rien au premier coup d\u2019\u0153il. L\u2019ombre y r\u00e8gne. On y p\u00e9n\u00e8tre comme dans l\u2019obscurit\u00e9 d\u2019une salle de spectacle, \u00e0 la fois aveugl\u00e9 par l\u2019immersion dans le noir, \u00e9bloui par les scintillements et attir\u00e9 par le mouvement des lumi\u00e8res. On embrasse tout d\u2019un coup. De l\u00e9gers filets, dirig\u00e9s en diverses zones obliques et vaporeuses comme des nuages ou des fum\u00e9es, dispersent des lueurs au gr\u00e9 des masses. Ces halos p\u00e2les cr\u00e9ent une toile et des bulles attirantes autour de cailloux volumineux. Dans cette p\u00e9nombre, on est saisi en noir, par des blocs inqui\u00e9tants dessinant des figures anthropomorphiques. Certaines, beaucoup plus hautes que nous, nous bouchent la vue, comme de v\u00e9ritables trous noirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses reposent \u00e0 m\u00eame la dalle de b\u00e9ton luisante. Sans socle. Pesantes. Innombrables. Se tenant l\u00e0 comme nous, sans raison. On d\u00e9ambule dans ce d\u00e9dale silencieux. En s\u2019approchant des pierres, elles ne sont plus si noires. De l\u00e9g\u00e8res teintes pigmentaires, comme poudr\u00e9es de verts rompus et de terres br\u00fbl\u00e9es, pars\u00e8ment et accentuent leurs reliefs irr\u00e9guliers. Elles les m\u00e9tamorphosent parfois en fragment de carte a\u00e9rienne. Tout cela semble sorti d\u2019un \u00e9boulement naturel, on est projet\u00e9 au fond d\u2019une vall\u00e9e encaiss\u00e9e, dans le chaos de la rivi\u00e8re d\u2019argent de la for\u00eat d\u2019Hulgoat. Dispersion, prolif\u00e9ration, contamination et empilement d\u00e9sordonn\u00e9s forment un ensemble puissant, qui impose une tension de masse calme et une fracture de continuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"487\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/4-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1275\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/4-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/4-SITE-150x104.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/4-SITE-300x209.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Comme sortant de chaque pierre, un son \u00e0 peine audible finit par nous habiter. On n\u2019avait rien entendu d\u2019abord, \u00e0 croire que nos oreilles se sont adapt\u00e9es au noir de l\u2019obscurit\u00e9 humide. C\u2019est mouill\u00e9 comme le son d\u2019une source et on ressent de plus en plus une fraicheur de cave transpercer nos v\u00eatements. Ce bruit tinte comme le chuintement d\u2019un mouvement pas-\u00e0-pas. C\u2019est faible et minuscule, puis envahissant, alors que rien n\u2019a chang\u00e9. Comme un effet de perception dans la dur\u00e9e. Comme un cliquetis intermittent et imperceptible au premier temps du temps. Puis c\u2019est devenu aussi tenace que les blocs encombrants. On ne croise que cet entre-soi avec les pierres qui chantent. La salle est d\u00e9cid\u00e9ment vaste. Les formes serr\u00e9es. Peut-\u00eatre qu\u2019il y a d\u2019autres gens, mais on ne les voit pas. On est soi-m\u00eame vite isol\u00e9, diss\u00e9min\u00e9, et perdu de vue. Tout \u00e0 coup, on a tout le temps de profiter de notre corps sonore.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part du hangar, on a suivi les parois rocheuses aux reflets vert-sapin, on a parcouru l\u2019espace jusqu\u2019au fond, peut-\u00eatre cent m\u00e8tres depuis le portique. On n\u2019a plus id\u00e9e du temps, ni des distances r\u00e9elles. Du fait de la mesure d\u2019\u00e9cart, on ne peut voir qu\u2019en bloc une totalit\u00e9 variable. Chaque \u00e9l\u00e9ment reste masqu\u00e9 en tant que d\u00e9tail. Pour aller plus pr\u00e8s, il faut se l\u2019imaginer dans une dur\u00e9e illimit\u00e9e purement imaginaire. Contempler sans mesure est devenu impossible, sauf \u00e0 r\u00eaver \u00e0 d\u2019autres espaces d\u2019extension hors du temps, hors de l\u2019exposition. C\u2019est \u00e9vident que rien n\u2019est naturel dans ce parcours, parmi ces choses, mais clairement le r\u00e9sultat d\u2019un processus de cr\u00e9ation. Cela ne ressemble pourtant pas \u00e0 une sculpture mais bien \u00e0 un paysage du nouveau si\u00e8cle, \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un lieu qui r\u00e9pond \u00e0 notre question de savoir o\u00f9 l\u2019art peut-il encore avoir lieu, ou comment peut-on encore cr\u00e9er.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re les derniers volumes, plus hauts et align\u00e9s, on d\u00e9bouche sur un unique corridor central, comme dans une biblioth\u00e8que. Une sorte de gorge \u00e0 travers laquelle persiste le chemin des lignes \u00e0 la pliure. Un tourniquet automatique, \u00e0 quatre vantaux en verre opaque blanc nous rappelle que nous sommes dans un espace artificiel. La ventilation y est contr\u00f4l\u00e9e \u00e0 chaque tour. Au-dessus du sas, un panneau en mode veilleuse, semble indiquer une sortie, selon la norme de s\u00e9curit\u00e9 convenue d\u2019un fl\u00e9chage vert. C\u2019est la suite de la visite ou la sortie de secours. On se sent pourtant libre dans le d\u00e9cor. On ne saisit pas bien ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9. S\u2019agit-t-il d\u2019un protocole conceptuel pour d\u00e9finir ce qu\u2019on vient d\u2019enregistrer comme exp\u00e9rience de perception&nbsp;? Ou n\u2019\u00e9tait-ce qu\u2019un jeu d\u2019\u00e9vasion grandeur nature&nbsp;? L\u2019humidit\u00e9 transperce les v\u00eatements et les pens\u00e9es. \u00c7a ram\u00e8ne \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Il fait froid et noir. Chaque lieu nous laisse dans l\u2019incertitude de ce qu\u2019il en restera comme m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il reste d\u2019autant plus de lieux \u00e0 voir qu\u2019il en appara\u00eet toujours plus. On ne sait toujours pas o\u00f9 l\u2019exposition a commenc\u00e9, ni o\u00f9 elle finit. \u00c0 la p\u00e9nombre min\u00e9rale et humide, succ\u00e8de une salle blanche, baign\u00e9e d\u2019une lumi\u00e8re naturelle, laiteuse, homog\u00e8ne et tamis\u00e9e, tombant du plafond quadrill\u00e9 et translucide. On respire en transit et en sursis. Douze images font corps avec les murs, les ouvrent litt\u00e9ralement, pour cr\u00e9er une suite \u00e0 trois cent soixante degr\u00e9s, \u00e9voquant un paysage panoramique. C\u2019est comme au cin\u00e9ma, un vaste champ en mouvement \u00e0 conqu\u00e9rir du regard. Les images sont leur propre mur, \u00e0 la fois dessin, peinture, photographie et gaz. Avec cette architecture vide au-dessus de la t\u00eate, on s\u2019attend \u00e0 quelques nu\u00e9es d\u2019\u00e9toiles \u00e0 l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"600\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/MONTAGE-5-6-7-8-9-10-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1276\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/MONTAGE-5-6-7-8-9-10-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/MONTAGE-5-6-7-8-9-10-SITE-150x129.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/MONTAGE-5-6-7-8-9-10-SITE-300x257.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Les murs n\u2019ont plus de cadre, ils sont comme une fen\u00eatre de lumi\u00e8re, o\u00f9 peinture et mati\u00e8re coulent, avec l\u2019image comme horizon. L\u2019\u0153il divague et parfois se pose l\u00e0, o\u00f9 il trouve quelques rep\u00e8res brumeux d\u2019un paysage au bord de l\u2019eau \u00e9vapor\u00e9e. Comme \u00e0 l\u2019aube, c\u2019est flou, chaque image est une fontaine brouill\u00e9e. A travers ce voile atmosph\u00e9rique tout est fixe, comme ciment\u00e9 de rien. Le mur s\u2019ouvre en image optique, \u00e9mergeant d\u2019un bloc statique. Comme si d\u2019une inclusion translucide, rayonnaient des ondes diffract\u00e9es de lumi\u00e8res. Le doute s\u2019inverse en v\u00e9rit\u00e9. Devant des ondes de couleurs pures sans repr\u00e9sentation, on s\u2019\u00e9vade au-del\u00e0 de soi-m\u00eame, incrust\u00e9 dans le flou. Par-del\u00e0 les limites du lieu, par le flux de nuances, de halos, de grisailles claires, de trac\u00e9s l\u00e9gers et minimalistes, l\u2019amorce de d\u00e9tails d\u00e9licats est aussit\u00f4t estomp\u00e9e dans des \u00e9tendues surexpos\u00e9es. Tout renvoie toujours le regard \u00e0 la limite d\u2019une exp\u00e9rience stable, assez r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e pour s\u2019y retrouver, et toujours en face d\u2019un manque ou d\u2019une absence pour qu\u2019une autre pens\u00e9e s\u2019en \u00e9chappe. On est retenu \u00e0 jamais dans le temps d\u2019une contemplation flottante, avec des informations contradictoires et \u00e9lastiques. A partir de cette frise d\u2019images ouvertes sur le mur, on vit la possibilit\u00e9 d\u2019un \u00e9tirement en un lieu hors-champ. En s\u2019exposant \u00e0 ce parcours, on invente le flou et le brouillard d\u2019un monde renvers\u00e9, comme vu d\u2019un marais incertain. Cette exp\u00e9rience offre une sensation paradoxale, d\u2019une part un temps qui n\u2019en finit pas et de l\u2019autre un mouvement insaisissable. On ne sait si c\u2019est trop vite ou trop lent. En effet, englob\u00e9 d\u2019un geste du regard, on n\u2019a pas boug\u00e9 pendant ce long voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre\nles images, en pans parall\u00e8les et d\u00e9cal\u00e9s les unes des autres comme des rideaux,\ndes passages se sont am\u00e9nag\u00e9s, identiques \u00e0 des lames industrielles de\nplastique, pour laisser passer les regards. L\u2019espace a chang\u00e9 le mouvement des\ncorps. \u00c7a flotte comme des images mentales. &nbsp;On avance en biais. Le chemin se laisse des\nvoies, o\u00f9 poursuivre ce voyage immobile par interstices de visions plurielles. On\nn\u2019avait encore jamais vu le monde ainsi, une surprise pure qui nous tombe\ndessus. Elle a ce m\u00e9rite radical d\u2019une promesse libre au-del\u00e0 des charges\nmentales. Heureusement que c\u2019est arriv\u00e9, car il \u00e9tait temps que quelque chose\nnous pousse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re les lames de plastique, quelques heures ont pass\u00e9 \u00e0 marcher en long et en large sur un sol jonch\u00e9 d\u2019\u00e9clats et de poussi\u00e8res. Grains de sable grossier, bris de verre transparent, \u00e9clat de marbre blanc ou fine poudre de mica scintillant, le monde semble poudr\u00e9 de pigments atomiques et de sentiments microscopiques. Les mati\u00e8res volatiles retombent sous nos pieds comme le nuage suspendu d\u2019un volcan en activit\u00e9. De nouvelles plages s\u2019offrent \u00e0 nous dans le silence des vagues absentes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"525\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/11-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1277\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/11-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/11-SITE-150x113.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/11-SITE-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Au centre d\u2019un rail de travelling circulaire, le bras d\u2019un robot Kupka tourne en boucle sur sa propre s\u00e9quence. Ce qu\u2019il compose est une sorte d\u2019abstraction russe concr\u00e8te et constructiviste. \u00c7a grignote en continu les pourtours in\u00e9puisables de cette grotte de craie blanche. En cet envers souterrain du d\u00e9cor toutes les ombres de charbon ont blanchi comme les cheveux du temps. Une all\u00e9e de piliers centraux et des parois savamment courb\u00e9es am\u00e9nagent des galeries multiples d\u2019exposition \u00e0 travers cette carri\u00e8re, v\u00e9ritable cath\u00e9drale underground \u00e9clair\u00e9e par des chemin\u00e9es de jour. Des pelles-\u00e0-neige et des balais-brosses sont \u00e0 disposition pour d\u00e9gager des chemins improvis\u00e9s, en cas de temp\u00eate sur les nuages de gravats. Tracer des traverses praticables, pour \u00e9viter les champs de poussi\u00e8res, doit \u00eatre possible \u00e0 tout moment. C\u2019est le programme r\u00e9volutionnaire de cette salle, en chaque instant disposer de tout un art de survivre aux ruines qui nous trouent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Entre les d\u00e9combres, survivant \u00e0 toutes ces traces arch\u00e9ologiques, le temps d\u00e9file dans une galerie de portraits. L\u2019exposition recompose les symboles et les signes depuis l\u2019origine. Les gens ont cette envie lointaine, mettre \u00e0 jour la v\u00e9rit\u00e9. &nbsp;C\u2019est dans cette attente que tout a commenc\u00e9. Ils ont pourtant peur des effets de miroir, des reflets et des ombres, dont les taches et les lueurs contaminent les couleurs. Elles sont souvent innommables et m\u00e9connaissables, tant elles bougent. Rien ne peut \u00eatre sans les couleurs et ce pouvoir qu\u2019elles ont d\u2019habiter plusieurs espaces en m\u00eame temps, dont les visages et les portraits. Tant\u00f4t mati\u00e8re ou lumi\u00e8re, tant\u00f4t opacit\u00e9, transparence ou projection, tant\u00f4t code, onde ou culture. C\u2019est dans ce mouvement brass\u00e9 des signes qu\u2019est leur puret\u00e9. Les mots aussi perdent un sens ou en gagnent un autre. On ne sait plus bien ce que \u00e7a veut dire. La perte de vue nous am\u00e8ne tout naturellement \u00e0 nous fabriquer inconsciemment des doubles \u00e0 qui parler, \u00e0 voir et avec qui refaire le monde. Des \u00eatres humains y posent donc sans \u00e2ge, comme de simples passants, dont l\u2019image aurait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e dans le souvenir de la derni\u00e8re exposition. Elle prend ici le parti d\u2019une galerie, reconstituant la rue elle-m\u00eame mus\u00e9ifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"484\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/12-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1278\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/12-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/12-SITE-150x104.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/12-SITE-300x207.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour imaginer un lieu ouvert encore possible, donc ouvert \u00e0 l\u2019impossible, il a fallu concevoir des kits d\u2019exposition \u00e0 monter soi-m\u00eame, capables d\u2019int\u00e9grer partout les contraintes et de s\u2019adapter \u00e0 tous les espaces. M\u00eame \u00e0 distance, habiter le monde n\u00e9cessite de le faire avec des corps enferm\u00e9s dans leur forme ou leur lieu. Le kit propose donc d\u2019acc\u00e9der \u00e0 son portrait ralenti. Par des extensions de cartes on peut int\u00e9grer une fiction aux lieux \u00e0 travers un fond vert local, un calque, une peau, des gants ou des lunettes. Certains portraits ont parfois \u00e9t\u00e9 dot\u00e9s d\u2019un syst\u00e8me artificiel, capable de produire une flore autonome de surface recouvrant tous les tableaux d\u2019attentes, de virgules, de bact\u00e9ries et de respirations. Attendre d\u2019\u00eatre et d\u2019y mettre toute sa peau, pour arriver dans son monde \u00e0 elle, l\u2019exposition, c\u2019est une vie silencieuse occupant tout le quotidien de nombreux d\u00e9tails \u00e0 fixer avant d\u2019y parvenir. Dans la galerie de portrait on peut tout simplement se voir et se parler, pour partager son imaginaire et son exp\u00e9rience, autour de l\u2019invention d\u2019une trace de ce qu\u2019on peut attendre comme suite. Ce qu\u2019on peut faire bien.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"263\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/13-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1279\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/13-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/13-SITE-150x56.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/13-SITE-300x113.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Leur image en pied flotte debout en 3D, anim\u00e9e d\u2019un ralenti imperceptible et d\u2019une lumi\u00e8re artificielle. On assiste \u00e0 un portrait \u00e9trange, qui a le visage d\u2019une autre \u0153uvre d\u2019art connue et parfaite, en miroir de sa figure future, au format paysage. C\u2019est pour parer \u00e0 un tel besoin des corps de retrouver l\u2019espace commun et de partager une autre vision, que des nouvelles expositions se sont organis\u00e9es et am\u00e9nag\u00e9es au plus press\u00e9. Dans cette galerie, on se voit d\u00e9j\u00e0 demain en homme-paysage.<\/p>\n\n\n\n<p>La chose est moins importante que son effet. Ce n\u2019est pas seulement la forme, le lieu et le contenu de l\u2019exposition qui ont chang\u00e9, mais aussi les discours. Face \u00e0 une critique d\u2019art trop consensuelle avec le pouvoir et le march\u00e9, limit\u00e9e \u00e0 des formes de compte-rendu factuel ou de proc\u00e8s verbal, la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre de la distance a chang\u00e9 les \u00e9changes et pouss\u00e9 les analyses. L\u2019exp\u00e9rience vraie et subjective, tourn\u00e9e vers les \u00e9motions intimes, n\u2019a pas ferm\u00e9 les dialogues comme on aurait pu le croire. Chaque participation est devenue possible par une autre valeur du partage, enfin lib\u00e9r\u00e9 des clich\u00e9s. Tout le monde est l\u00e0 pour participer \u00e0 l\u2019exposition et d\u00e9couvrir son r\u00f4le sur place, plut\u00f4t que de regarder le poste ou l\u2019\u00e9cran. Les formes les plus surprenantes, et si diff\u00e9rentes, enfin r\u00e9unies c\u00f4te-\u00e0-c\u00f4te, ont remix\u00e9 les cartes d\u2019origine de l\u2019art \u00ab&nbsp;contemporain&nbsp;\u00bb. <em>Les attitudes deviennent forme<\/em>, comme ils disaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Comme il n\u2019y a pas de fronti\u00e8re aux couleurs, il n\u2019y a pas de limites aux possibilit\u00e9s de coexistence formelle ni aux exp\u00e9riences. Survivre seul ne suffit pas. En m\u00eame temps, \u00eatre ensemble dans l\u2019exposition n\u00e9cessite une capacit\u00e9 \u00e0 partager l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des subjectivit\u00e9s, dans l\u2019explosion d\u2019une formidable confrontation des vies.<\/p>\n\n\n\n<p>Est ainsi arriv\u00e9 le retour \u00e0 la nature m\u00eame de l\u2019exposition, dans un \u00e9quilibre ressemblant \u00e0 celui d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me, le chant des oiseaux plus fort encore que les gazouillis habituels de la communication&nbsp;: r\u00e9inventer la parole libre. L\u2019exposition repens\u00e9e fait une mati\u00e8re sonore, une rencontre qui fait son effet et ses \u00e9chos. L\u2019art comme artifice plus proche de la nature est un moyen de renverser le capitalisme dans l\u2019art. Une seconde nature fusionn\u00e9e. Les gens se regardent, m\u00e9connaissables. Les regards se croisent dans une construction m\u00e9lang\u00e9e de couleurs complexes. Le monde de l\u2019art n\u2019est plus celui qu\u2019on a connu. Les longues files d\u2019attente absurdes devant les m\u00eames lieux monopolis\u00e9s, les hi\u00e9rarchies plastiques impos\u00e9es, les images orient\u00e9es dans les livres, les styles \u00e0 la mode, les sujets branch\u00e9s, les compilations de textes de catalogue, les signatures pris\u00e9es et les rep\u00e8res esth\u00e9tiques \u00e0 cocher ont \u00e9t\u00e9 doubl\u00e9s d\u2019un autre espace. Pas une table-rase, plut\u00f4t un effet de surcouche translucide. Un effort suppl\u00e9mentaire est bien entendu n\u00e9cessaire \u00e0 chaque corps pour maintenir cet \u00e9quilibre fragile des masses. L\u2019esprit t\u00e2tonne avec jubilation. \u00c7a rigole beaucoup. Les technologies interactives de d\u00e9territorialisation, de calculs et de d\u00e9mat\u00e9rialisation ont modifi\u00e9 la cr\u00e9ation des espaces, des discours et des partages dans un flux instantan\u00e9, partout, en dur\u00e9es r\u00e9elles ou diff\u00e9r\u00e9es. L\u2019exp\u00e9rience reste physique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"530\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/14-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1280\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/14-SITE.jpg 500w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/14-SITE-142x150.jpg 142w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/14-SITE-283x300.jpg 283w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>6<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La couleur est annonc\u00e9e. On est l\u00e0 jusqu\u2019\u00e0 la fermeture du temps. Autant dire qu\u2019on ne voit pas le bout de cette cr\u00e9ation d\u2019expositions nomades \u00e0 travers le r\u00e9el. Chaque version de r\u00e9alit\u00e9 se succ\u00e8de dans une interaction de sens. Ces m\u00e9tamorphoses de l\u2019art \u00e9tendent les formes d\u2019exposition jusqu\u2019aux confins du monde, recoupant nos vies d\u2019une \u00e9tendue de couleurs sans fronti\u00e8re. Suite \u00e0 la prolif\u00e9ration de lieux invent\u00e9s de toutes pi\u00e8ces, les lieux habituels de diffusion ont lib\u00e9r\u00e9 les couleurs de leurs tutelles institutionnelles et financi\u00e8res. Des nappes enveloppantes cr\u00e9ent des successions de fen\u00eatres. Leurs couleurs portent une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te plus vraie que les histoires r\u00e9elles. Tisser des lignes de couleurs, comme une machine \u00e0 tricot, est la r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e de l\u2019exposition qui peut \u00eatre n\u2019importe o\u00f9, si bien qu\u2019elle s\u2019ouvre entre tous les espaces. Elle mixe les r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"525\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/15-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1281\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/15-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/15-SITE-150x113.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/15-SITE-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Il faut dire qu\u2019il n\u2019y a plus beaucoup de r\u00e9alit\u00e9 quand la nature s\u2019efface sous le manteau des m\u00e9ga productions. Tout le monde sait depuis longtemps que la surproduction massive et industrielle n\u2019a jamais profit\u00e9 \u00e0 tous dans la soci\u00e9t\u00e9. Repenser l\u2019art est le dernier recours pour repenser la soci\u00e9t\u00e9, sans plus en laisser sur le bord. L\u2019orchestration improvis\u00e9e pour retrouver quelque chose d\u2019\u00e9thique et d\u2019authentique ressemble au tourbillon fr\u00e9n\u00e9tique des yeux dans un club de nuit. Cet espace de couleur est une horloge du temps et des formes. D\u2019ailleurs l\u2019espace de l\u2019exposition est destin\u00e9 \u00e0 prendre son temps pour bloquer le trop plein et le trop vite. Pour ce bain, on peut s\u2019installer dans les fauteuils, canap\u00e9s et sofas, qui ponctuent l\u2019espace de points concrets. C\u2019est entre ces points, par les lignes de parcours qui repr\u00e9sentent les exp\u00e9riences, qu\u2019on dessine les forces entrecrois\u00e9es des effets de l\u2019exposition. C\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u2019une autre mati\u00e8re qui a lieu dans les esprits communs, l\u2019exposition comme point de rencontre. L\u2019espace ext\u00e9rieur entre les choses dessine l\u2019espace int\u00e9rieur du spectateur alors immerg\u00e9 dans cette action d\u2019exposition.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"417\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/18-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1282\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/18-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/18-SITE-150x89.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/18-SITE-300x179.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Paradoxalement on se trouve dans une dur\u00e9e qui m\u00eale en nous l\u2019urgence et la patience. S\u2019assoir dans les sofas de la salle ou danser sur la table. Notre vitesse devient plus proche du monde par ce prisme de projections de couleurs des spots. On r\u00e9alise qu\u2019on a du temps, hors d\u2019une vitesse impos\u00e9e. On est dans le vitrail. L\u2019installation est belle, d\u2019une lumi\u00e8re verticale comme \u00e0 la Sainte-Chapelle. On est dans le temps du dessin et de la lumi\u00e8re qui cherche le visible dans sa fr\u00e9n\u00e9sie, et le renverse dans une dur\u00e9e contemplative. Toutes les esquisses sont expos\u00e9es. Ce projet immobile en ce non-lieu renvoie le corps au parcours quantique, physique et po\u00e9tique du monde. Cellules, mol\u00e9cules, atomes et bact\u00e9ries y sont les couleurs. On reprend en main la conscience d\u2019exister malgr\u00e9 le vide apparu. Au c\u0153ur des couleurs vivantes, on ne sait plus tr\u00e8s bien ce qui est r\u00e9el ou artificiel. On est au comble du jardin, sans ordonnance unilat\u00e9rale. La salle nous plonge dans la question de la m\u00e9moire. On regarde pousser des lichens bruns, des mousses vertes et des champignons blancs sur les parois. Ces organismes aux d\u00e9tails subtiles envahissent tout l\u2019espace, sans haut ni bas. Un monde suspendu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"677\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/19-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1283\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/19-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/19-SITE-150x145.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/19-SITE-300x290.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>7<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exposition continue de nous dire \u00ab&nbsp;viens me voir&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;parle-moi encore&nbsp;\u00bb. Dans la salle on d\u00e9couvre petit \u00e0 petit le dedans du dehors mis \u00e0 jour. Le nu est la v\u00e9rit\u00e9 du monde. L\u2019art s\u2019expose ici par des nus int\u00e9rieurs pour \u00e9clater le monde en focalisations autres et plurielles. L\u2019\u0153uvre inverse le r\u00e9el, parce qu\u2019on peut l\u2019aborder \u00e0 toutes les \u00e9chelles de temps, de taille, d\u2019espace, de mati\u00e8re et de sens. L\u2019exposition renverse tout. Le sujet r\u00e9side aussi en un autre que celui expos\u00e9. Les sujets s\u2019entrecroisent. Les espaces, les lieux et les choses s\u2019embo\u00eetent et interagissent, de sorte que tout peut \u00eatre en m\u00eame temps et au m\u00eame niveau.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"412\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/16-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1284\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/16-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/16-SITE-150x88.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/16-SITE-300x177.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019art n\u2019est que l\u2019art. Dans cette simplicit\u00e9, il cr\u00e9e l\u2019ambivalence de tous les sujets, les double et plus encore, am\u00e8ne les contradictions. L\u2019exposition est alors un grand ciel ouvert, le corps est un pinceau vivant, les choses sont des langues, et tout est possible. D\u00e9placer n\u2019importe quoi dans l\u2019exposition ne change pas tout, il faut d\u00e9placer l\u2019exposition et l\u2019\u00e9clater. \u00c7a va avec l\u2019\u00e9volution du geste et du langage. Les gestes d\u2019\u00e9criture sont en mouvement depuis toujours. Un autre usage de l\u2019exposition est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019art, donc une autre valeur de l\u2019exposition existe hors du march\u00e9. Dans les grottes, d\u00e9j\u00e0, les peintures n\u2019ont peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es pour \u00eatre vues, ou alors pour \u00eatre vues autrement. Dans la caverne par exemple, la flamme, le relief de la paroi, la vo\u00fbte panoramique, la r\u00e9p\u00e9tition graphique, l\u2019humidit\u00e9 ou l\u2019\u00e9cho ouvrent le sujet en multiples focalisations. La valeur de l\u2019\u00e9change entre l\u2019art et le monde ext\u00e9rieur r\u00e9side dans une \u00e9conomie du symbole.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre usage de l\u2019exposition est donc n\u00e9cessaire pour sortir enfin des limites syst\u00e9miques d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur la rentabilit\u00e9. Il n\u2019y a que la beaut\u00e9 qui compte pour retenir le temps. C\u2019est cette vitesse retard\u00e9e qui compte. Le reste est absurde. L\u2019exposition est un entonnoir suffisamment \u00e9troit pour ralentir le tas des choses, comme un sablier du sensible. L\u2019art cr\u00e9e la survie. Dehors il y a toujours quelqu\u2019un qui lutte. Un autre qui hurle. L\u2019autre encore qui se d\u00e9bat avec le syst\u00e8me. \u00c7a n\u2019a plus de sens. Certains qui renoncent, essouffl\u00e9s. Parfois le renoncement les am\u00e8ne \u00e0 tricher pour s\u2019arranger. Pourtant, \u00e0 s\u2019ext\u00e9nuer, il y a toujours \u00e0 rena\u00eetre. C\u2019est une beaut\u00e9 certaine, celle du corps fatigu\u00e9, qui reproduit la souffrance qu\u2019on lui a appris. L\u2019exposition dit encore que \u00ab&nbsp;l\u2019art ne sert \u00e0 rien&nbsp;\u00bb. C\u2019est par cette simple inversion fonctionnelle, que l\u2019exposition imaginaire est bien quelque chose de plus. Sa justesse est de ne pas en finir avec sa port\u00e9e. L\u2019art r\u00e9side en son presque rien qui touche au sensible irrationnel. S\u2019il y a une intelligibilit\u00e9 du monde, elle se tient dans une exposition \u00e9clat\u00e9e et plurielle, o\u00f9 les chiffres sont exclus du rep\u00e9rage. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exposition c\u2019est le temps qu\u2019il fait, une sorte de m\u00e9t\u00e9o sublim\u00e9e, que tout le monde regarde avec passion. D\u00e9placer l\u2019exposition tient de cette capacit\u00e9 de l\u2019art \u00e0 nous retenir, tous captiv\u00e9s comme devant une transcendance m\u00e9t\u00e9orologique. Des millions de spectateurs transfigur\u00e9s par l\u2019annonce du temps qu\u2019il fait. On peut retrouver dans ce non-lieu atmosph\u00e9rique une origine du vivant lointain. Dans la salle d\u2019exposition, on a la t\u00eate en l\u2019air. Tous les visages ont le nez accroch\u00e9 au plafond crev\u00e9, les yeux riv\u00e9s sur les nuages en mouvement. On se trouve dans une exposition \u00e0 ciel ouvert, au c\u0153ur d\u2019un enchantement de premier degr\u00e9. On y scrute les apparitions \u00e9ph\u00e9m\u00e8res d\u2019un bestiaire al\u00e9atoire et originel. On est dans les nuages, entour\u00e9s d\u2019animaux.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"525\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1285\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20-SITE-150x113.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20-SITE-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>On attend, m\u00e9dus\u00e9, au gr\u00e9 des formations de cumulus, de stratus et autres cumulonimbus, la d\u00e9couverte in\u00e9puisable d\u2019animaux inattendus. A travers la galerie o\u00f9 d\u00e9filent tant de b\u00eates anim\u00e9es, on retrouve une part de notre corps primaire. En installant ce syst\u00e8me m\u00e9t\u00e9orologique et cin\u00e9matographique \u00e0 ciel ouvert, par un ph\u00e9nom\u00e8ne de par\u00e9idolies, la salle d\u2019exposition propose au visiteur une fusion avec la plasticit\u00e9 instantan\u00e9e du vivant. Des poils. Des peaux. Comme dans les mythes de l\u2019origine de l\u2019art, entre reflet dans l\u2019eau, empreinte du pigment color\u00e9, modelage de glaise, \u00e9criture dans les sillons de terre, ce n\u2019est pas l\u2019objet expos\u00e9 qui reste, mais l\u2019exposition du partage impalpable et la reproduction de l\u2019invention d\u2019un geste. A la vue des nuages qui se transforment ou des poissons qui nagent, on atteint un sentiment de beau, qu\u2019on peut retenir dans l\u2019exposition. Pourtant les dessins expos\u00e9s ne sont pas arr\u00eat\u00e9s. Ensemble sous la vo\u00fbte de cette salle d\u2019exposition, c\u2019est un ciel d\u2019animaux qui s\u2019animent dans notre grotte. Ce pourrait \u00eatre tout autre chose encore, que notre cerveau aurait tout autant de plaisir \u00e0 cette exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le parcours se poursuit dans des lieux extensibles. On d\u00e9couvre t\u00f4t ou tard, qu\u2019il n\u2019y a pas les noms des artistes dans les salles. Ni de titre aux \u0153uvres. Ni de panneaux didactiques. On ne distingue d\u2019ailleurs pas nettement les limites d\u2019une \u0153uvre \u00e0 l\u2019autre. Elles se m\u00e9langent. Les espaces ont une tonalit\u00e9 exp\u00e9rimentale. Comme si on traversait une for\u00eat et qu\u2019il fallait d\u00e9chiffrer en direct tous les signes du vivant, qui y grouillent enchev\u00eatr\u00e9s. L\u2019art agit selon le r\u00eave de l\u2019artiste, mais quand il s\u2019expose, il nous fait y participer aussi. Son r\u00eave prend alors part aux n\u00f4tres et notre r\u00eave agit aussi sur celui de l\u2019exposition. Le tout devient anonyme, augment\u00e9, complexe et polys\u00e9mique. On le visite comme un espace modulaire qui d\u00e9borde, une paradoxale harmonie h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"364\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/21-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1286\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/21-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/21-SITE-150x78.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/21-SITE-300x156.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Nous vivons dans un monde tr\u00e8s beau. Ce n\u2019est pas un r\u00eave. Toute cette beaut\u00e9 est gratuite, on l\u2019oublie parfois. Le r\u00eave de l\u2019exposition nous le rappelle. Les concepts de consommation et de croissance ont transform\u00e9 toute cette beaut\u00e9 du monde en marchandise, jusqu\u2019\u00e0 agiter l\u2019int\u00e9rieur des \u0153uvres, des expositions, des paysages et des \u00eatres. La fr\u00e9n\u00e9sie du visible est un principe industriel utilis\u00e9 aussi dans la culture. Cette fr\u00e9n\u00e9sie est en effet capable de cr\u00e9er un mouvement rentable pour simuler le plaisir attendu et la pl\u00e9nitude de la consommation. L\u2019exposition sans nom voulait justement r\u00e9v\u00e9ler autre chose que cette effervescence satur\u00e9e et permanente des images st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es. C\u2019est pourquoi il a fallu modifier l\u2019exposition par des d\u00e9placements.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a donc du mouvement, du brassage et du collage dans cette salle. Plusieurs passages ind\u00e9termin\u00e9s, mix\u00e9s en couches anonymes successives, t\u00e9moignent de la gen\u00e8se collective d\u2019une cr\u00e9ation issue de proc\u00e9d\u00e9s individuels fusionn\u00e9s. Ce n\u2019est donc pas \u00e9tonnant de trouver expos\u00e9es dans cette salle toute sorte de coiffes d\u2019indiens. Install\u00e9es comme des offrandes color\u00e9es au sol, leurs ailes affirment une autre fonction possible de l\u2019\u0153uvre. D\u2019autres sculptures, taill\u00e9es de mani\u00e8re brute \u00e0 la serpe, figurent des arbres. Ils sont pos\u00e9s comme des totems, debout sur des plumes. Pour les indiens, la for\u00eat de cette salle c\u2019est un peu comme nos villes. Ils y marchent pour se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 eux-m\u00eames. Les branches des coiffes et des arbres dessinent une g\u00e9n\u00e9alogie culturelle, r\u00e9actualisant les techniques artisanales et les folklores.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art n\u2019est rien sans imaginaire, mais inventer la nouvelle exposition c\u2019est donner plus qu\u2019un imaginaire. C\u2019est donner un autre sens. L\u2019imaginaire ne peut se limiter \u00e0 l\u2019artistique. R\u00e9activer l\u2019imaginaire, c\u2019est le faire n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9elle. C\u2019est pourquoi les indiens sont pr\u00e9sents dans cette salle. Leur imaginaire englobe tous les humains et les non-humains. L\u2019espace d\u2019exposition est une entit\u00e9 vivante comprenant tous les \u00eatres, m\u00eame invisibles. L\u00e0 o\u00f9 il y a des \u00e2mes sans corps, mais aussi des corps sans \u00e2me, l\u2019exposition plane sur les visiteurs. Ce que nous appelons art, culture ou \u0153uvre n\u2019est rien de ce que nous vendons dans les galeries, mais une <em>image-esprit<\/em> rafraichissante, qui peut remettre en question la production de l\u2019\u0153uvre, sa signature et son mode d\u2019exposition.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"703\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/22-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1287\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/22-SITE.jpg 700w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/22-SITE-150x150.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/22-SITE-300x300.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans une seconde partie de l\u2019installation, on marche dans le sable. Des b\u00e2tons sont dispos\u00e9s pour dessiner dedans. Nos pas font l\u2019objet de dessins en mouvement et de modelages de projets. Le sol de l\u2019exposition rend alors son territoire meuble et prend nos empreintes. Ce n\u2019est pas seulement les pas qui sont mobiles, mais c\u2019est le sol m\u00eame, sur lequel les sujets reposent, qui se meut. L\u2019exposition se d\u00e9place avec nos pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 des cam\u00e9ras et autres capteurs, retransmettant en direct les model\u00e9s trac\u00e9s dans le sable, une archive des projets de l\u2019exposition se prolonge en d\u2019autres lieux encore. Chaque dessin s\u2019assemble ainsi aux autres. Un ensemble collectif d\u2019affinit\u00e9s imaginaires na\u00eet alors, comme un ensemble d\u2019habitations dessin\u00e9es, enchev\u00eatr\u00e9es, denses et rassurantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le projet partag\u00e9 de l\u2019exposition revient toujours au trac\u00e9 d\u2019un lien cartographi\u00e9, un r\u00e9seau interpersonnel dans l\u2019espace, une carte par-dessus l\u2019exposition r\u00e9elle. En somme, un voyage s\u2019op\u00e8re dans l\u2019exposition et par l\u2019exposition, qui permet d\u2019\u00eatre ici et ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le dernier salon, l\u2019espace ouvre sur une vaste antichambre. Habituellement \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un b\u00e2timent et ouverte sur les suites, l\u2019antichambre distribue ici la sortie de l\u2019exposition. Comment et par o\u00f9 sort-on de l\u2019exposition&nbsp;? Comment d\u00e9placer l\u2019exposition si on ne l\u2019inverse pas&nbsp;? Les multiples possibilit\u00e9s offertes de sortir du sas de l\u2019exposition constituent son d\u00e9placement en tant qu\u2019extension signifiante et dispersive.<\/p>\n\n\n\n<p>Du sol aux murs et au plafond tout est blancheur mate et velout\u00e9e. S\u2019en d\u00e9tachent des points. Des t\u00eates d\u2019\u00e9pingles, de clous et de punaises piquent les surfaces en volutes. Pas d\u2019insectes aux ailes iris\u00e9es sous les pointes, ni de tableaux accroch\u00e9s aux t\u00eates, seuls les signes t\u00e9nus des t\u00eates d\u2019\u00e9pingles, perdus al\u00e9atoirement au gr\u00e9 des planchers lasur\u00e9s blanc, des placopl\u00e2tres et des plafonds \u00e0 la chaux, dessinent des constellations presque invisibles, dont l\u2019organisation ne repr\u00e9sente rien de connu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"680\" height=\"510\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/clous-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1288\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/clous-SITE.jpg 680w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/clous-SITE-150x113.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/clous-SITE-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 680px) 100vw, 680px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Ici, l\u2019exposition se r\u00e9duit \u00e0 presque rien, une minuscule ph\u00e9nom\u00e9nologie du clou d\u2019exposition. Et si, finalement, l\u2019art ne tenait pas \u00e0 un effacement des formes de l\u2019\u0153uvre, pour se confronter avec plus de justesse \u00e0 l\u2019espace. Alors, comme surgies de nulle part, puisqu\u2019il n\u2019y aurait presque rien, apparaissent soudain mille questions, ou plut\u00f4t mille raisons d\u2019inventer quelque chose, autre chose que d\u2019\u00eatre l\u00e0. Disons que d\u2019\u00eatre l\u00e0 ferait venir autre chose, et que dans cet interstice, ce passage riquiqui, se tiendrait une beaut\u00e9 d\u00e9flagrante, en situation de vivre l\u2019exposition.<\/p>\n\n\n\n<p>Les visiteurs en attente dans l\u2019antichambre s\u2019accordent un regard entre eux. L\u2019exposition les a d\u00e9plac\u00e9s en eux-m\u00eames et entre eux. La belle exposition des d\u00e9placements vient \u00e0 point, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 chacun sait que nous avons trop endur\u00e9. Alors que les visiteurs se disent souvent que \u00ab&nbsp;\u00e7a ne peut plus durer&nbsp;\u00bb, et que dans l\u2019intimit\u00e9 des petits salons ils en appellent \u00ab&nbsp;aux pouvoirs de leurs d\u00e9sirs&nbsp;\u00bb, le clou de l\u2019exposition a soulev\u00e9 leurs regards. Toutes les issues de sortie de l\u2019antichambre semblent mener \u00e0 cette qualit\u00e9 d\u2019attente des d\u00e9sirs mix\u00e9s. Tout commence \u00e0 la fin. L\u2019exposition commence dehors.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9pilogue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\nPar le hasard de cette exp\u00e9rience, enferm\u00e9 dans l\u2019exposition et ses \nenfilades, entre r\u00e9alit\u00e9 et fantasme, mon parcours aboutit \u00e0 mon \nexposition m\u00eame, aux abords des limites. Ce voyage imaginaire finit par \nme d\u00e9passer.\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>Au c\u0153ur de cette explosion de d\u00e9placements, au gr\u00e9 des lieux multiples et des salles d\u2019expositions \u00e9clat\u00e9es, j\u2019ai red\u00e9couvert la force du <em>strabisme de V\u00e9nus<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er une divergence esth\u00e9tique de la beaut\u00e9 expos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"680\" height=\"301\" src=\"http:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/strabisme-de-venus-2-SITE.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1289\" srcset=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/strabisme-de-venus-2-SITE.jpg 680w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/strabisme-de-venus-2-SITE-150x66.jpg 150w, https:\/\/damienreynaud.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/strabisme-de-venus-2-SITE-300x133.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 680px) 100vw, 680px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019est du tableau de Sandro Botticelli, <em>La naissance de V\u00e9nus<\/em>, \u00e0 partir d\u2019un d\u00e9tail oculaire, que me vint ce rapprochement entre le <em>strabisme de V\u00e9nus<\/em> et l\u2019exp\u00e9rience de cette visite. En effet, ma perception d\u2019un d\u00e9placement de l\u2019exposition me ramenait \u00e0 cette observation d\u2019une l\u00e9g\u00e8re divergence entre les deux yeux de la d\u00e9esse grecque. Ce rapprochement m\u2019est venu comme l\u2019image correspondant \u00e0 ma sensation de vivre la construction d\u2019un glissement et d\u2019une tension presque invisibles. Cette d\u00e9viation, vers l\u2019ext\u00e9rieur d\u2019un axe normalement attendu, provoque une autre beaut\u00e9, troublante. Ce qui est troublant, c\u2019est bien s\u00fbr la possibilit\u00e9 d\u2019enchanter le r\u00e9el, comme tout ce qui rend le Beau peut transporter, mais c\u2019est surtout de pouvoir faire venir cette beaut\u00e9 par un d\u00e9tail qui s\u2019amplifie comme fondement hors-norme. Un grain de poivre impalpable. Un d\u00e9s\u00e9quilibre propulseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Celle qui servit de mod\u00e8le pour ce tableau, Simonetta Vespucci, \u00e9tait si belle qu\u2019on la surnommait d\u00e9j\u00e0 en son temps <em>La Sans-Pareille<\/em>. Cette femme \u00e9tait le mod\u00e8le id\u00e9al, un id\u00e9al pourtant incarn\u00e9 dans un \u00eatre r\u00e9el, dont la br\u00e8ve existence a donn\u00e9 forme \u00e0 une exception po\u00e9tique et all\u00e9gorique de la vie et de la beaut\u00e9. Dans le cas du <em>strabisme de V\u00e9nus<\/em>, cette exception repose sur la possibilit\u00e9 d\u2019inversion d\u2019une anomalie, d\u2019une erreur ou d\u2019un d\u00e9faut en une immat\u00e9rielle beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que le besoin de normalisation des formes d\u2019exceptions r\u00e9pond aux besoins d\u2019\u00e9lucidation, de contr\u00f4le et d\u2019identification, qu\u2019ils soient esth\u00e9tiques, historiques, sociaux ou commerciaux, cela a toujours eu des influences majeures sur les personnes, la cr\u00e9ation, les \u0153uvres, les expositions et le march\u00e9. Les cadres deviennent in\u00e9vitablement des clivages \u00e0 d\u00e9passer. C\u2019est pourquoi on r\u00eave tous d\u2019inverser cette normalisation n\u00e9cessaire aux fondements sociaux, pour s\u2019\u00e9vader.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u00e9placer l\u2019exposition<\/em> tente justement de soustraire l\u2019exposition \u00e0 sa standardisation pour participer \u00e0 inventer d\u2019autres formes de beaut\u00e9. <em>D\u00e9placer l\u2019exposition<\/em> permet \u00e0 chacun d\u2019\u00e9chapper aux normes incontournables, en cr\u00e9ant des ouvertures hybrides. La force du <em>strabisme de V\u00e9nus<\/em> ouvre donc une divergence possible de l\u2019exposition par l\u2019exception, capable de donner forme \u00e0 une chose transitionnelle et \u00e9motionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u00e9placer l\u2019exposition<\/em> r\u00e9side dans ce mouvement cr\u00e9atif \u00e0 partir d\u2019une anomalie renversante\u00a0: sublime et ridicule n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Notes de travail, 2019-2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on s\u2019est tous fabriqu\u00e9 inconsciemment des expositions imaginaires. Du jour au lendemain. Pour soi d\u2019abord, pour en voir d\u2019autres, en revoir, et aussi, pour augmenter la r\u00e9alit\u00e9 perdue de vue. Puis tout s\u2019est reli\u00e9 bout-\u00e0-bout par des portes d\u00e9rob\u00e9es et des fils rouges. Depuis d\u00e9j\u00e0 tant de jours maintenant, on ne &hellip; <a href=\"https:\/\/damienreynaud.fr\/?page_id=995\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">d\u00e9placer l&rsquo;exposition<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/damienreynaud.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/995"}],"collection":[{"href":"https:\/\/damienreynaud.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/damienreynaud.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/damienreynaud.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/damienreynaud.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=995"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/damienreynaud.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/995\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1546,"href":"https:\/\/damienreynaud.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/995\/revisions\/1546"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/damienreynaud.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=995"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}